Philanthropie : du charity-business au charity-washing

ou l’illusion de la gratuité

[Article repris du site Association 1901, écrit par Laurent Samuel]

On assiste actuellement à un multiplication des initiatives en provenance du secteur marchand dans le domaine de la collecte de fonds à visée philanthropique. De nombreux acteurs se situent dans la movance du web 2.0. A propos de la générosité du public, on peut craindre une surenchère dans l’illusion de la gratuité.

Récemment est apparu sur le marché de la recherche en ligne Véosearch, un moteur de recherche qui reverse 50% de ses revenus à des associations désignées. Les utilisateurs inscrits de Véosearch peuvent désigner l’association de leur choix comme bénéficiaire du reversement.

Microsoft himself se lance dans la recherche solidaire en proposant (avec un succès mitigé si l’on en croit ReadWriteWeb) aux utilisateurs de son moteur un système similaire.

Ici, c’est une association, visiblement fondée par un assureur (c’est moi qui le suppose), qui reverse une fraction des frais de collecte des primes à des associations.

Que penser de ces démarches ? Comment faire la différence entre la véritable philanthropie et le « charity-washing » ? Et pourquoi j’éprouve malgré tout un vague sentiment de malaise ?

Je crois que c’est cette idée de faire des dons qui ne coûtent rien… Le principe de la gratuité, mais qui serait transposé au don : quelque chose ne fonctionne pas, car l’on sait que rien n’est vraiment gratuit dans la vie.

Je suis assez sensible aux arguments de ceux qui considèrent que ce nouveau paradigme autour de la gratuité n’est qu’un ultime avatar de notre capitalisme (néo)libéral. Pour ma part, je suis plutôt enclin à croire que la gratuité n’existe jamais vraiment et le don qui ne coûte rien n’est qu’un leurre.

D’une manière générale, tous les systèmes qui parasitent un acte marchand me paraissent viciés à la base : lorsqu’on s’adresse au consommateur pour financer le secteur non marchand, cela finit toujours par se transformer en coût caché, que la firme va incorporer à ses prix, comme la publicité des marques ou l’obligation de retraitement des biens manufacturés.

On m’objectera que sur le web, l’utilisateur crée de la valeur, monétisée par la pub. Les moteurs de recherche captent une partie de cette valeur et génèrent des revenus en affichant de la pub. On peut en reverser une partie à des oeuvres charitables. Soit…

Mais les revenus publicitaires des moteurs de recherche sont prélevés sur les budgets publicitaires des firmes, qui sont eux-mêmes des éléments du prix acquitté par le consommateur. Tout cela n’est qu’une affaire de circuit de distribution.

Cela pose la question de la participation des personnes et du lien social. En cliquant sur des liens publicitaires suggérés par mon moteur de recherche, quelle est ma participation réelle au projet associatif : récolter de l’argent est-il une fin en soi ? la question du consommateur et du citoyen.

J’avoue ne pas avoir de réponse.

Et vous ?

[Vous pouvez aussi lire une critique sur les collectes de fonds des grandes ONG sur le même site :

Média planning désastreux pour le business de la charité]

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2 réflexions sur “Philanthropie : du charity-business au charity-washing

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