L’aide au Pakistan et les emplois américains

Grégoire Allix (L’histoire)

Premier producteur mondial de tentes humanitaires, le Pakistan inondé devra-t-il en importer ? Dévasté depuis un mois par une violente mousson, le pays fait face à un besoin urgent d’abris provisoires : 1,2 million de logements ont été endommagés et on compte 4,8 millions de sans-abri, selon les Nations unies. Mais en raison des difficultés d’accès, de la désorganisation générale et du réveil tardif de l’aide, moins de 120 000 tentes ont été distribuées jusqu’à présent, quand le gouvernement estime les besoins à au moins 500 000.

Ironie du sort, le Pakistan est pourtant le principal fabricant et fournisseur de tentes de secours pour les agences des Nations unies et les organisations humanitaires. « Une bonne partie des abris déjà distribués a été produite sur place, mais l’offre peine à répondre aux besoins », explique un porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

Rassuré par les millions de dollars d’aide promis par la communauté internationale, le gouvernement pakistanais a demandé aux entreprises du pays de pousser leur production à 10 000 unités par jour. Une aubaine pour ces industries. Des manufactures comme Al Farooq, Nizam ou Shahid peuvent produire quotidiennement jusqu’à 1 000 tentes.

Normes drastiques

Mais ce marché a aiguisé les appétits bien au-delà de Karachi. Cinq organisations patronales du textile aux Etats-Unis viennent d’écrire à la secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, et au représentant au commerce extérieur, Ron Kirk, pour leur demander de favoriser les emplois américains en expédiant au Pakistan des tentes… fabriquées aux Etats-Unis. « Aider le Pakistan, aider Haïti sont des réactions humanitaires appréciables de la part des Etats-Unis, surtout s’ils adoptent la stratégie : « aide des USA, made in USA » », écrivent les industriels.

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Un enfant pakistanais touché par les inondations dans la banlieue de Nowshera le 14 août 2010. AFP/Behrouz Mehri

Encore faut-il que les tentes répondent aux normes drastiques de la communauté humanitaire. Pas question de faire n’importe quoi. Dans une note du 7 août, le pôle de l’ONU chargé des abris d’urgence au Pakistan soulignait que « même les tentes de bonne qualité ont une durée de vie inférieure à un an dans les climats chauds et humides ».

Ainsi, sur les 400 000 tentes distribuées après le séisme de 2005 au Pakistan, plus de 80 % ont été jugées inadaptées aux conditions climatiques locales, se révélant notamment bien peu étanches en cas de fortes pluies.

A se demander même s’il faut vraiment recourir aux villages de toile : « Une partie considérable des fonds est utilisée pour un piètre résultat à long terme pour les bénéficiaires », notent les experts onusiens. Ils soulignent que « les tentes ont une empreinte écologique plus importante que l’autoreconstruction d’abris par la population ». Surtout si elles sont importées du bout du monde…

Grégoire Allix (L’histoire)

Article paru dans l’édition du Monde du 07.09.10, en lien avec l’Aide Liée américaine, voir ici aussi.

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