Le Tsunami de 2004, un emballement médiatique

Le Tsunami survenu en 2004 dans l’Océan Indien est l’une des catastrophes naturelles les plus impressionnantes, tant par sa dispersion géographique, par sa soudaineté que par sa médiatisation. On ne peut plus désormais ne pas comparer une autre catastrophe d’envergure à celle-ci, comme le récent séisme en Haïti.

Quelles circonstances ont favorisé cette médiatisation

et comment celle-ci a-t-elle entraîné une telle quantité de dons ?

Et plus particulièrement : quel a été l’impact des médias sur les dons aux ONG ?

I- Contexte médiatico-humanitaire

I-1- Triptyque États – ONG – Médias d’information

Pour ce qui est du contexte médiatico-humanitaire, il faut d’abord remettre en perspective des relations particulières entre trois acteurs fondamentaux.

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– Les gouvernements et la communauté internationale entretiennent des rapports à double sens avec les ONG : ces dernières sont à la fois des expertes et des leaders d’opinions, mais aussi des demandeuses de fonds, et donc soumises à la bonne volonté des Etats de les subventionner. Moins une ONG dépend de fonds publics, plus elle est indépendante dans ses actions, ses partenariats et sa liberté d’expression (par exemple, Amnesty International ne perçoit aucun fonds en provenance de gouvernements ou d’agences de coopération étatique)

– La relation médias -États est bien connue et assez ambivalente. Les journalistes sont relais d’opinions de l’État envers le public ; mais autant des sources d’information “pour l’État” que de moyens de pression de la part de l’opinion publique.

– La dernière relation est celle à laquelle nous allons nous intéresser plus particulièrement. dans la suite de cet article : Médias et ONG. On ne peut écarter les premières car elles ont une influence importante sur celle-ci.

En effet, ces deux derniers acteurs se retrouvent souvent dans des positions identiques mais avec des objectifs parfois bien différents.

I-1-1- Intérêts partagés

  • Sur le terrain : Mêmes difficultés et mêmes dangers

Par exemple, quand ces acteurs se rendent sur le terrain, ils s’exposent tous les deux de la même manière aux conditions difficiles qu’ils rencontrent sur place, et ont les mêmes besoins logistiques : en électricité, eau, transmissions, … et se retrouvent donc forcément dans les mêmes lieux où les infrastructures leur permettent de mener leur mission à bien.

  • Des contraintes logistiques identiques

Ceci donne lieu à une forme d’entraide : souvent les journalistes profitent des transports de matériel des ONG et ces dernières (de leurs moyens de transmission, mais) se servent aussi des journalistes pour avoir une vitrine sur leur action et leur propre organisme.

logistique ong media crise communication tsunami

Face aux pouvoirs publics : Relais d’informations et d’expertises / Relais des prises de décisions envers le public

Par rapport au troisième acteur, les pouvoirs publics : ils sont donc tous deux relais d’information et d’expertise, par une présence opérationnelle sur le terrain, envers les pouvoirs publics ; et relais d’informations sur la situation sur place et sur les prises de décisions des États et leur implication, envers le grand public.

I-1-2- Les enjeux de cette relation

Médiatisation de la souffrance pour : Porter assistance : élargir leur audimat, leurs ressources et leur importance institutionnelle

Les enjeux pour ces acteurs sont déjà bien connus : la médiatisation de la souffrance permet aux médias d’avoir plus “d’auditeurs” et aux ONG de mieux se faire connaître. Cette dernière caractéristique va augmenter leur importance institutionnelle et faciliter les levées de fonds à venir.

Donc les médias = aide pour mobiliser le public et lever les fonds nécessaires

De la même manière, la collaboration ONG-Médias est un moyen d’augmenter la pression sur les pouvoirs publics et d’influer plus efficacement sur leur prise de décision. Cette collaboration favorise donc la mobilisation de la communauté internationale.

I-2- Quels Médias?

Cependant tous les médias ne sont pas pertinents pour ce genre d’informations.

I-2-1- Télévision

La force des images / Un audimat fort et réellement grand public

Les plus utilisés sont les suivants : la télévision a certains avantages puisqu’elle permet de communiquer par le son et l’image et a donc plus d’impact. Son impact (pour les chaînes publiques) est renforcée par la quantité d’audimat, beaucoup moins diffus que pour la presse écrite.

I-2-2- Presse écrite

Espace privilégié d’informations

Cette dernière est cependant un espace privilégié d’information, puisque le message reste présent et peut être à nouveau consulté par le lecteur. Son « audimat » est par contre plus restreint, mais elle peut toucher des publics très bien ciblés.


I-3- Débats actuels

I-3-1- Priorités dans les lignes éditoriales

Après avoir vu les liens constructifs existants entre la presse et les ONG, il faut se pencher sur ce qui fait débat dans leurs relations.

L’attention des médias pour les crises humanitaires est très variable selon les lignes éditoriales, officielles et officieuses (certains magazines sont guidés par le profit pour survivre). Ainsi, selon le reste de l’actualité et le “genre” de crise humanitaire, la médiatisation sera inégale, avec des crises complètement oubliées…

I-3-2- Établir des conditions de médiatisation

L’analyse des pratiques a permis de déterminer des conditions de médiatisation, qui vont être analysées par rapport au cas du Tsunami dans la suite de cette présentation.

II- Rappel des faits

  • 26 décembre 2004, Tsunami dans l’Océan Indien
  • Une vingtaine de pays touchés
  • Au moins 300 000 morts / disparus
  • Aucune alerte : une aggravation des pertes humaines et matérielles
  • Des pays sinistrés pour beaucoup déjà instables

C’est donc le 26 décembre 2004 qu’un séisme dans l’Océan Indien va provoquer un tsunami qui touchera plus de vingt pays dans les heures suivantes.

Sans système d’alerte, les pertes humaines sont décuplées par rapport à d’autres tsunamis et on atteint le chiffre de 300 000 morts ou disparus. Les pertes matérielles sont elles-mêmes énormes, surtout pour des pays qui sont pour la plupart déjà instables (économiquement, politiquement, socialement, …).

II-1- Réactions des Acteurs

Un relais massif de l’information / Témoignage des ONG / Prise de position des États et de la communauté internationale

Immédiatement, on assiste à une forte mobilisation des trois acteurs précédents. Les médias font un relais massif d’information sur le tsunami et ses conséquences, c’est le sujet principal traité à cette période ; les ONG se mobilisent en masse et alimentent la presse en témoignages de “premier témoin”.

Les États peuvent prendre position sans entrer dans des intérêts économiques, politiques ou autres (privés) puisque la multitude de pays touchés écartent ces considérations.

De plus, certains de ces pays, comme l’Indonésie du Nord, étaient inaccessibles à ces trois acteurs depuis des années et cette catastrophe leur fournit une ouverture pour se rendre sur place.

II-2- Donationstsunami dons ong crise medias communication

Première journée : 1 Milliard de dollars collectés à l’international / La Croix-Rouge fait 86 ans de collecte en 6 mois / France : 289 Millions d’€ pour 32 organismes en un an

Cette mobilisation dans le même sens va avoir les conséquences suivantes sur le grand public : la première journée suivant le tsunami va enregistrer une collecte d’environ 1 milliard de dollars. La Croix Rouge va réaliser l’équivalent de 86 ans de collecte en 6 mois et la dernière illustration de cet engouement est le montant des dons provenant de la France : 289 millions d’euro répartis entre 32 organismes en 1 an.

III- Comportement des médias

III-1- Quelques Chiffres

On peut constater que l’investissement médiatique est impressionnant, et ce seulement dans les 6 premiers mois :

Télévision : 50 journaux télévisés, 3 émissions spéciales (de 8 à 11 millions de téléspectateurs chacune)

Presse écrite : 50 000 articles, une édition spéciale de Paris Match, au moins 6 unes dans : Le Monde, le Figaro et Libération

Cela fait du Tsunami le deuxième événement le plus médiatisé, après la mort du Pape Jean-Paul II.

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III-2- Analyse de la Réaction des Médias

Il faut d’abord analyser le tsunami par rapport aux conditions de médiatisation citées plus haut, avant de se pencher sur le discours tenu par les journalistes.

Ces conditions sont au nombre de 4 :

  • Le “Robinet à Images”
  • La non-concurrence
  • L’innocence de la victime
  • La médiation

III-2-1- Le robinet à images

Une alimentation continue en images diverses et “émotives” / Époque de mondialisation de l’information / Un sujet se doit d’être une “saga” entretenue

Une crise humanitaire se doit donc de pouvoir alimenter les médias en images nombreuses et variées, qui vont construire une chronologie, donc bien étalées dans le temps pour entretenir le sujet et en faire une ”histoire”. Il s’agit donc de construire une “saga” humanitaire et de l’entretenir.

III-2-1-1- Les “Sagas”

Comptabilisation du nombre de morts et de disparus / Les “retrouvailles” / Palmarès des dons / Les meilleures photos et vidéos : juste avant ou pendant le raz-de-marée / L’arrivée des humanitaires et les 1ères actions mises en œuvre

Le tsunami a permis la construction de nombreuses sagas, variées et plus ou moins longues. Dans l’ordre d’apparition, on a pu suivre la classique comptabilisation du nombre de morts et de disparus jusqu’à des reconstitutions « télé-réalité » de certains « destins de survivants » programmées aux heures de grande écoute en soirée sur des chaînes nationales. On a bien évidemment suivi au final l’arrivée des premières ONG sur place, ou de leurs premières mesures face aux ravages de la vague.

On est passé logiquement par les images de retrouvailles entre survivants pour remonter le moral du public, redonner espoir et montrer la détresse.

Ensuite est venu le palmarès des dons, entre pays/États donateurs, entre citoyens/nationalités donatrices et entre organismes receveurs.

Enfin les témoins ont transmis leurs images, soit aux médias de masse soit par des moyens hors médias : blogs internet, … ce qui a donné lieu à l’établissement de palmarès. (Internet est ici volontairement écarté, son impact sur les dons n’étant pas clairement mesurable).

III-2-2- La non-concurrence

Un sujet UNIQUE / Catastrophe exceptionnelle : rare et spectaculaire / Période des fêtes calme médiatiquement

La deuxième condition de médiatisation est la non concurrence entre les sujets humanitaires. On ne parlera pas de deux famines différentes dans le même journal télévisé : cela va lasser le téléspectateur et l’embrouiller.

Le tsunami est une catastrophe naturelle rare et exceptionnelle qui a peu de chance de se produire en double. De plus, il s’est produit dans la période des fêtes de fin d’année, qui est calme médiatiquement et laisse plus de place aux sujets humanitaires, qui sont rarement prioritaires sinon.

III-2-3- L’innocence de la victime

III-2-3-1- Les implications de la catastrophe

Une catastrophe naturelle n’a pas de responsable / La multitude de pays touchés ôte toute possibilité de “punition divine” / Un tsunami permet un discours pédagogique et scientifique clair et non polémique

Dans le cas d’une catastrophe naturelle, il est très facile d’expliquer la situation car il n’y a pas – comme dans des conflits inter-ethniques, comme celui du Rwanda par exemple – d’antécédents historiques longs et complexes à synthétiser et vulgariser pour le public. De plus, toutes les victimes sont innocentes, on ne peut désigner de bourreaux et, le nombre de pays et de peuples touchés étant sans précédent, cela va aussi écarter toute possibilité que certains y voient une punition divine envers une population ou un groupe précis.

Du bonheur pour les rédactions qui n’ont qu’à expliquer des faits, précis et clairs, appuyés par un discours scientifique maîtrisé et toutes les images nécessaires à l’éducation du public. Un message beaucoup plus simple qu’un discours politique toujours sujet à des interprétations imprévisibles et que l’on n’a généralement pas le temps d’aborder dans son intégralité.


III-2-3-2-Choisir une victime non porteuse de marqueurs sociaux

La troisième condition, très difficile à gérer, est de pouvoir présenter une victime qui soit neutre et innocente pour ne pas provoquer de rejet de la part d’une partie du grand public.

Éviter toute allusion à son origine ethnique ou religieuse : La multiplicité des pays permet d’éviter facilement cet aspect

De préférence des enfants : Non porteur d’une identité ou classe sociale / D’autant plus dramatique qu’ils sont jeunes et innocents

L’innocence de la victime passe aussi par son côté neutre, sans différences apparentes.

Il s’agit donc d’éviter toute allusion aux origines sociales, culturelles ou religieuses des victimes présentées dans les reportages. La présentation succinte de chaque victime pour pouvoir montrer les différents pays limite les allusions à ces caractéristiques. Par exemple, la victime ne doit pas être un responsable religieux, ni un propriétaire terrien, ni quelqu’un d’engagé politiquement.

De préférence, la victime idéale est un l’enfant : il n’est porteur d’aucune identité sociale et il renforce l’aspect dramatique par sa jeunesse et son innocence.

III-2-3-3- Catastrophe Melting Pot : Des marqueurs correspondant à la victime

Seulement des “indigènes” en souffrance / Aucune image de cadavres de “blancs”

Le tsunami a fourni de multiples marqueurs “bonus” qui renforcent sa capacité de médiatisation : son côté melting-pot a permis de montrer tous le marqueurs correspondant à LA victime, telle que perçue en Occident.

Ainsi on aura en abondance des images montrant des “indigènes” en souffrance et, même si on nous a répété que des compatriotes avaient été victimes de cette catastrophe, on ne nous montrera aucun corps d’occidentaux, seulement des survivants pour ne pas tuer l’espoir du donateur.

tsunami dallas morning news barbara davidson media

Barbara Davidson, Dallas Morning News

Voici un exemple d’images de destruction, humaine et matérielle, qui rassemble toutes les caractéristiques iconographiques attendues : l’enfant de la région souffrant dans les bras de sa mère au milieu des débris de sa maison, sans blessures trop visibles, avec encore une savate au pied…

occidentaux tsunami ong crise communication medias

Voici les images visibles des occidentaux : juste avant l’arrivée de la vague, ils sont encore bien portants, même si le moment est dramatique. Les journalistes rechercheront activement les survivants présents sur ce type d’image.

III-2-4- La médiation

La présence d’un expert ou d’un acteur objectif
Scientifiques sur les causes : Système d’alerte, dangerosité de la vague
ONG déjà sur place  : Dégâts actuels et conséquences prévisibles

Pouvoirs publics : Soutien aux nations touchées, alliances entre États

La dernière condition à remplir est la présence d’un médiateur objectif sur le terrain, crédibilisé par un témoignage lié à des constats personnels. D’habitude les médias se rabattent sur des représentants des pouvoirs publics ou des envoyés des ONG.

Dans ce cas, ils ont eu un choix beaucoup plus large que d’habitude :

– En se servant des scientifiques qui apportent un discours neutre et intelligible sur les causes de la catastrophe. Ils pourront développer des sujets annexes, sur les systèmes d’alerte, la dangerosité de la vague.

– Le personnel d’ONG qui a l’avantage cette fois d’être en partie déjà sur place, à cause de l’état socio-économique des pays touchés. Ils acquièrent ainsi le statut « d’experts » et peuvent anticiper les conséquences et donc proposer des solutions beaucoup plus tôt que d’habitude.

– Et en dernier lieu, les pouvoirs publics qui se prononceront forcément dans un sens “d’entraide” envers les nations touchées et vont même jusqu’à annoncer des alliances entre États pour renforcer la qualité de leurs actions.

III-3- Analyse du discours médiatique

III-3-1- Origine de l’appel au don : les journalistes

Ces quatre conditions (de médiatisation) expliquent la quantité de messages diffusés par les journalistes. Elle n’est cependant que la première explication d’une telle mobilisation du public. Le discours lui-même a eu un fort impact sur l’état d’esprit des donateurs.

En effet, l’appel au don a, pour une fois, était lancé par les journalistes, perçus comme désintéressés puisque non bénéficiaires des levées de fonds, au contraire des ONG.

III-3-2- Personnification et identification

Compatriotes touchés / Iconographie de la victime / Installation d’une “paranoïa : Simulation des conséquences d’un tsunami en Méditerranée, …

De plus, ils ont favorisé l’identification du public aux victimes, en rappelant souvent que des compatriotes avaient été touchés. Au final, on comptera seulement 750 (?) français présents, les premiers chiffres annoncés sont très vite revus à la baisse.

Sans oublier l’iconographie de la victime dont nous avons parlé précédemment.

Et enfin par l’installation d’une “paranoïa” : avec des mises en situation qui renforcent le côté “et si c’était moi…” dans l’esprit du public.

III-3-3- Compétition

Catastrophe du siècle / Palmarès des dons des États et des citoyens / Entre ONG, invitées à “quêter” en direct

L’escalade dans les propos tenus par les journalistes est frappante : qui a le premier qualifié cet événement de “catastrophe du siècle” ?

Ensuite, ils ont chacun établi des palmarès de dons : par pays, par montants, par ONG… ce qui a invité le public à continuer : il faut être aussi bon ou meilleur que le voisin, ou bien quand on n’a pas encore donné, on se sent un peu en retard en constatant les montants déjà versés.

Puis les journalistes ont invité des représentants d’ONG sur les plateaux télé ou radios mettant ainsi en valeur certaines ONG au détriment des autres. C’est ce qui est arrivé à la Fondation de France : la première invitée sur un plateau et qui a reçu un apport massif de dons qu’elle ne pouvait plus gérer. Elle n’est pas la seule : la CICR, l’UNICEF ou MDM se sont retrouvées dans la même situation.

Cependant, chacune de ces ONG a bénéficié d’une visibilité/publicité gratuite sur ces plateaux.

IV- Conséquences pour les ONG

IV-1- Au niveau comptable

Les ONG établissent deux bilans financiers différents pour 2005 : Un global et un séparant les dons du tsunami des autres

Demande de résultats : Contrôle financier / Journalistes : justification de l’utilisation des fonds

Afin de mieux percevoir et exposer leur gestion pour cette année-là, elles ont établi deux bilans financiers :

– Un global qui permet de mesurer l’ampleur du budget du Tsunami par rapport au reste.

– Et un séparant cet événement exceptionnel des activités de fonctionnement “normales”, afin de leur donner une visibilité et de pouvoir chacune les analyser.

Evidemment, le public et les journalistes, suivis par des institutions de contrôle financier, ont demandé “des comptes” à ces receveurs de dons si généreux. cela a donc contraint les ONG à affecter du personnel et du temps à des contrôles financiers à cause d’un phénomène de dons en masse incontrôlé.

IV-2- Image des ONG

Compétition entre elles mise en avant / Polémique sur leur gestion, relance de suspicion / Différentiation forcée / Des dépenses de justification

Enfin, le public se rendant compte de la multitude d’acteurs en présence et ces ONG étant mises en avant, elles ont ressenti le besoin de mieux se faire connaître et de se différencier les unes des autres. Il est triste de parler de “concurrence”, restons donc sur la “compétition” entre elles.

Avec certains préjugés méfiants et les enquêtes sur les comptes, il devenait d’autant plus urgent de ne pas être amalgamée avec une ONG semblable, accusée, à tort ou à raison, d’avoir mal géré ses fonds. Elles ont donc, pour certaines, changé de stratégie d’approche du public, quitte à changer leur signature : Soigner ET Informer pour MDM qui doit se différencier de MSF.

Elles ont de plus dû engager des dépenses de justifications car c’est à elles de faire connaître au public les résultats d’enquête (les journalistes ne les invitaient plus à ce moment-là). Il leur a donc fallu dépenser des fonds propres – non ceux du tsunami – pour justifier de la bonne utilisation de cet afflux de dons et conserver une image saine dans l’esprit du public (qui les a mises dans cette situation).

L’une d’elles, limitant son action sur place après le Tsunami à ses domaines de spécialisation, a préféré envoyer un courrier à chacun des donateurs de fonds surnuméraires pour leur demander leur accord de réemployer ces fonds pour une autre cause, « oubliée » de préférence. En effet, les ONG ne peuvent facilement jouer avec leurs lignes budgétaires sans l’accord du donateur, privé ou public. Il n’était pas nécessaire de dépenser plus là-bas, l’argent était par contre utile ailleurs.

D’autres ont transférés ces fonds sur des programmes « postTsunami ».

IV-3- Rapport aux donateurs

Non réticents à donner encore mais approche différente : Moins de sensibilité à l’image / Plus de réflexion dans le geste de don / Le besoin de mieux connaître l’aspect concret des actions mises en œuvre

Quel changement chez le grand public ?

Ils se sont rendus compte pour beaucoup de la manipulation involontaire dans laquelle ils sont tombés par compassion et par sur-médiatisation. Ils se déclarent donc plus prudents quant aux causes et aux organismes auxquels ils donnent maintenant. Ils réfléchissent et ont tendance à demander plus fréquemment “à quoi sera employé leur argent exactement”.

Cela pousse les ONG à publier plus de rapports accessibles au public, vulgarisés. Cela facilite leur capitalisation mais les contraints à employer des ressources spécifiquement pour le public de donateurs et non pour les actions d’urgence.

V- Conclusion

Une combinaison de circonstances exceptionnelles : La crise : son étendue, la période, sa cause / Les relations médias-ONG : une polémique culpabilisant les journalistes
Des conséquences notables : Un nouveau rapport ONG-Donateurs / À l’avenir, une comparaison forcée avec le Tsunami
Aucune avancée dans le débat sur les rapports ONG-médias : Toujours des crises inégalement médiatisées

Étant donné la situation et les circonstances très particulières de cette crise, on peut espérer qu’un tel phénomène a peu de chances de se reproduire. Pourtant, avec le séisme en Haïti, la tendance a été identique avec un emballement des médias plus faible cependant. Mais les circonstances de la crise ne sont pas comparables.

où l'on note que 2004 a connu une forte poussée de dons

Et il est possible que les journalistes aient appris, en partie, quelques leçons sur leur impact dans une crise en fonction de la médiatisation qu’ils en font. Mais le résultat est que les relations entre ONG et Donateurs ne pourront plus être aussi simples qu’avant. L’emballement a créé un intérêt du public envers ces associations, mais c’est à double tranchant et il leur faudra toujours se justifier par rapport au Tsunami. Et surtout en subir une comparaison :

Le débat entre ONG et Médias n’a pas encore beaucoup avancé. En octobre 2005, quelques mois après le Tsunami, un séisme frappe le Cachemire (Inde, Pakistan et Afghanistan), faisant plus de 75 000 morts. La région est montagneuse, peu développée, difficile d’accès et avec peu d’infrastructures.

À cette époque, les journalistes en sont à demander des comptes aux ONG. Celles-ci tentent d’appeler à l’aide pour le Cachemire, mais elles n’ont pas droit à une véritable tribune médiatique. Elles reçoivent donc peu de dons et n’ont pas encore eu le temps de ré-attribuer les fonds perçus en trop pour le Tsunami. Pourtant 3,5 millions de personnes sont sans abris dans les montagnes pakistanaises, l’hiver arrive. Lorsqu’il sera là, le transport de personnel et de matériel ne sera plus possible à cause de la neige, alors que les gens sur place auront d’autant plus besoin d‘abris dans ces conditions climatiques difficiles. Beaucoup de vies auraient pu être sauvées après ce séisme si les dons et l’envoi de personnel avait été suffisant.

Caroline Squarzoni


Ceci est le texte revu de la présentation orale qui accompagnait mon mémoire de fin d’étude en 2007. Le sujet en était l’éthique de communication marketing des ONG et l’image qu’elles transmettent au grand public sur leurs actions. J’ai choisi d’orienter ma soutenance plus particulièrement sur l’événement du Tsunami de 2004 et la présentation ci-dessus est le fruit de ma propre analyse basée sur des éléments théoriques de l’interaction entre ONG et médias d’information. Une synthèse qui n’est certainement pas exhaustive…

Le cas récent d’Haïti serait aussi un excellent sujet pour ce type d’articles, surtout quand on voit des phénomènes identiques et problématiques au niveau éthique se reproduire.

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